Une démocratie sans Internet, ça existe ! La République démocratique du Congo en est une. En fait, elle ne recourt à l’internet que quand elle en a besoin et le coupe immédiatement quand l’opposition essaie de s’en servir pour répandre son mot d’ordre de journée ville morte. C’est ce qui est arrivé ces mardi et mercredi. Comme vous le savez, en RDC, les réseaux sociaux sont comptés parmi les fauteurs de troubles dans le pays. Ils dérangent l’ordre public et la quiétude du régime. Lire la suite de

En RDC, être journaliste c’est déjà un problème avec le régime. Plus grave, être journaliste de RFI, c’est encore plus compliqué car vous n’aurez plus d’accréditation à Kinshasa. Sonia Rolley l’a appris à « ses dépens ». Son accréditation n’a plus été renouvelée. Son seul tort est d’être journaliste de RFI. Déjà le signal de la Radio mondiale est coupé à Kinshasa depuis bientôt huit mois. Le même signal de RFI capté à Brazzaville est brouillé à partir de la RDC.Lire la suite de

Il y a moins de deux ans seulement, nul ne pouvait s’imaginer Moïse Katumbi devenir l’un des pires ennemis de Joseph Kabila. Jusqu’en 2015, il était parmi les plus fidèles collaborateurs du président congolais. Ce temps-là est révolu. Aujourd’hui, l’ancien gouverneur du Katanga est l’opposant qui fait le plus peur au régime de Kinshasa. Le nom même de Moïse Katumbi fait trembler la majorité présidentielle.
Lire la suite de

En République démocratique du Congo, on sait toujours quand une épidémie commence, mais on ne sait jamais quand et comment elle va se terminer. Une nouvelle épidémie à virus Ebola s’est déclarée ces dernières semaines dans la localité d’Aketi en province du Bas-Uélé au nord-est du pays. C’est la huitième fois qu’Ebola refait son apparition en RDC. Déjà l’épidémie a ouvert son compteur macabre de morts. Chaque fois que le gouvernement congolais nous dit que Ebola est définitivement éradiqué, c’est alors que le virus refait surface pour prouver qu’il est toujours-là et qu’on ne peut rien contre lui. Le pays devient presque abonné à Ebola. L’appel est donc lancé à la communauté internationale d’intervenir pour sauver des vies. Le plutôt sera le mieux.Lire la suite de

En dehors des guerres et répression politique, l’autre spécialité de la RDC c’est le détournement des deniers publics. C’est tout un sport chez-nous. La fonction publique congolaise héberge des réseaux mafieux de fraudes organisées à tous les niveaux.

Un jour, au cours d’une émission de débat politique consacrée au détournement des deniers publics  en RDC, sur la radio Okapi, un éminent économiste congolais Michel Nsomwe défiait tout le Gouvernement congolais disant :  » Quel ministre peut oser lever son doigt en l’air et dire  » je n’ai jamais détourné l’argent de l’État ?  » Fin de citation.

Jusqu’à présent, personne parmi les ministres n’a relevé ce défi.

Chez-nous, la corruption, la concussion, la fraude et les malversations sont entrées dans les mœurs. Si on prend l’exemple sur mille, peut-être 999 en sont coupables. Le trésor public congolais est saigné à blanc.

Représentez-vous dans l’administration publique, un chef de division dont tout le salaire mensuel c’est plus ou moins 80 mille francs congolais (équivalent de 85 dollars US). Mais ce chef de division roule dans une jeep de 12 mille dollars et habite une maison privée de 25 mille dollars.

Un jour, parlant des détournement des deniers publics, Dominique Sakombi Inongo ancien ministre de communication de Mobutu, déclare :  » Quand le Président Mobutu avait besoin de l’argent, il appelait le ministre des finances disant: apporte-moi 1 million; à son tour le ministre des finances appelle le Gouverneur de la Banque centrale et lui dit:  » le Président a besoin de 2 millions  », le Gouverneur de la Banque à son tour sort 3 millions. Donc le Président demande un million, ce sont 3 millions qui sortent du trésor public !  » Fin de citation.

Cette culture de biens et argent mal acquis s’est transmise de génération en génération au Congo. Si bien qu’aujourd’hui, quand quelqu’un est nommé ou élu à un poste, il se réjouit disant :  » c’est mon tour  ». Par là il sous entend que c’est son tour de voler.

Plus grave, chez-nous, plus tu voles l’argent de l’État, plus tu augmentes en grade ! Cela a eu lieu plusieurs fois chez-nous. A titre d’exemple, à Mbujimayi dans la province du Kasaï-Oriental, un Comptable public réputé pour ses détournements confirmés des salaires des enseignants et des professionnels de la santé,  alors que ses victimes ainsi que le parlement local attendaient qu’il soit traduit en justice, quelle n’était pas la surprise de constater que la hiérarchie du Comptable l’a nommé à des fonctions encore plus élevées.

Dans la 2e moitié de l’année 2015, un contrôle initié par le ministère du budget sur la gestion des finances publiques dans seulement 3 services de l’État a révélé les détournements de 11 millions de dollars tous les 3 mois dans la seule ville de Kinshasa. Imaginez quelle pourrait- être la proportion si le calcul est porté sur les 26 provinces que compte le pays !

Un agent du ministère du budget qui a recquis l’anonymat, déclare que  » le détournement se passe à tous les niveaux de l’appareil de l’État en RDC, de Kinshasa jusqu’en province  ».

Le député national Émery Okundji affirme avoir dénoncé plusieurs fois les détournements des deniers publics dans sa circonscription électorale de Lubefu en province du Sankuru. Selon lui, sur 6 millions de francs déboursés chaque mois pour payer les salaires des enseignants de Lubefu, 2 millions seulement arrivaient à destination. Les 4 millions manquants disparaissent dans ce que l’on appelle chez-nous  » l’opération retour  », autrement dit la dîme que l’on paie à toute la hiérarchie par laquelle l’argent vous est venu.

À Mbujimayi, il était curieux de voir que les responsables syndicaux et les cadres de la Division provinciale de la Santé s’opposaient énergiquement à la bancarisation de la paie des salaires et des primes de leurs agents. C’est parce qu’ils savent que la Banque va casser le phénomène  »opération retour » et démasquer les agents fictifs qui remplissent les listings de paie.

Dans la fonction publique même les morts sont payés. Un seul chef fait entrer sur la liste de paie tout le monde de sa famille: oncle, cousin, tante, grand-père, beau-frère même déjà mort, sans compter les amis et connaissances. Par exemple, si l’État paie régulièrement mille personnes, en réalité c’est seulement 200 qui travaillent réellement. Les 800 restants sont des agents fantômes.

Chaque mois, tous ces gens touchent des primes et des salaires parfois plus elevés que ceux des gens qui travaillent. Ils font cela depuis des décennies; la corruption et l’opération-retour aidant, ils réussissent à échapper à tout audit d’où qu’il vienne. C’est Kinshasa qui entretient cet état de choses, en même temps c’est encore Kinshasa qui fait l’audit. Ceci signifiant cela. Conséquence: l’hémorragie financière est totale dans le pays, le trésor public est exsangue. Pas étonnant que la RDC soit incapable de financer elle-même ses propres élections. Elle recourt toujours aux financements extérieurs.

Alors pitié pour le trésor public congolais.

                                                            photo Christophe Raynaud De Lage

Ceci vaut une sonnette d’alarme: le journaliste congolais est en péril côté conditions de travail. A Kinshasa ça va encore un peu parce que c’est la capitale. Mais venez voir en province le genre de journalistes et de maisons de presse que nous avons: pauvres jusqu’au sous-vêtements! Je sais de quoi je parle, car moi-même je suis journaliste et je vois cela se passer sous mes yeux.

Je ne parle pas de la liberté de la presse: nul n’ignore qu’être journaliste en RDC relève du parcours de combattant ou encore du chemin de la croix. Chez-nous, on assassine les journalistes; les plus chanceux on les met en prison. Et vous savez, les prisons de chez-nous ce n’est pas comme celles de La Haye. Certes la liberté de la presse existe un peu, mais c’est une de ces libertés surveillées et assises sur un strapontin. Une liberté semblable à celle d’un aigle dans une cage.

Je doute fort que les confrères journalistes occidentaux qui font si bien leur travail le fassent correctement chez-nous s’ils étaient placés dans les conditions qui sont les nôtres au Congo.

Pour commencer, la grande majorité de journalistes congolais n’ont pas signé de contrat de travail avec les organes de presse qui les emploient. Surtout dans les organes de presse privés. Vous avez des journalistes qui vous comptent 5, 6 ans dans une maison de presse sans aucun contrat de travail signé.

Et parce qu’ils n’ont pas de contrat de travail, leur emploi n’est pas du tout sécurisé. Conséquences: on peut révoquer le journaliste n’importe quand, n’importe comment, sans préavis et par n’importe qui. Juste un coup de fil suffit pour te dire: « Monsieur, madame ou mademoiselle, désormais ne mets plus tes sales pieds ici, tu es révoqué ».

Chez-nous, la femme du propriétaire de la chaîne de télévision commande par téléphone. Quand une émission qui passe ne lui plaît pas, elle appelle le chargé des programmes TV et lui dis:  » arrête-moi cette putain d’émission, mets-moi un film nigérian ou le catch américain ». Si vous traînez à lui mettre son film nigérian, elle débarque elle-même à la maison de la radio et vous suspend!

L’autre conséquence de la non- signature des contrats de travail, c’est qu’à la fin du mois, le journaliste n’a pas droit au salaire. Ce qui fait qu’il doit vivre de la mendicité sur les sources d’information. Chez-nous, ce phénomène s’appelle coupage, c’est-à-dire que la source d’information me paie en billets de banque pour que je grossisse, modifie ou dénature l’information en sa faveur. Figurez-vous que sans ce fameux coupage, le journaliste congolais n’existe pas, car il n’a pas de salaire.  L’un d’eux me disait: « cher ami, c’est le coupage qui nous fait vivre; cette voiture et cette belle veste que tu vois, je ne les aurais pas eues autrement! »

C’est ainsi qu’en RDC, vous verrez que presque chaque journaliste est accrédité ou attaché de presse quelque part: attaché de presse d’un député, d’un chef d’entreprise, d’un parti politique, d’une église… Bref, c’est de ces gens-là que le journaliste tire son pain quotidien, au détriment de l’impartialité et du professionnalisme qu’exige son travail.

Une autre chose: la plupart des organes de presse sont eux-mêmes très pauvres, misérables et non viables. Ils poussent comme des champignons à travers le pays. A mon avis, l’Etat congolais est très fautif dans ce secteur: il accorde les autorisations de parution aux journaux et les fréquences aux chaînes de radio et de télévision, sans au préalable vérifier leur viabilité.

C’est ainsi que vous avez en RDC des centaines de chaînes de radio et de télévision qui font la honte du journalisme. Dès que l’on a juste un micro et une batterie, on aménage un container et la radio commence ! Juste un petit mixeur et une caméra du reste pas professionnelle, la télévision commence ! Et on recrute les journalistes. Pourtant, les promoteurs de ces médias n’ont même pas un capital de départ ne serait que pour assurer la maintenance des matériels, comment donc vont-ils payer le personnel ?

Je me demande si certains journalistes méritent de l’être. Je suivais l’un d’eux présenter le journal d’information à la radio: d’abord il a une mauvaise voix, il tousse au micro, il lit mal ses propres papiers, il fait de mauvaises liaisons en français et il se trompe même 10 fois dans un seul papier. Quand il retransmet en direct un match de football au stade et qu’il y a des incidents, lui même participe aussi au jet de projectiles.

Il y a aussi des chaînes de radio créées uniquement pour des besoins électoralistes; une fois que les élections passent, la radio disparaît! Et le personnel est jeté dans la rue. C’est ce genre de radios qui étaient à l’origine des violences pendants les élections de 2011, en donnant des informations non vérifiés sur les urnes, les bulletins de vote, les centres de compilations des résultats, etc.

Mais il faut aussi avouer qu’il existe bel et bien de très bons journalistes et de vrais organes de presse en RDC. Même s’ils ne sont pas nombreux, ils fournissent des efforts pour faire un travail professionnel. Nous les félicitons et les encourageons à persévérer.

On craignait que le redécoupage territorial de la RDC en nouvelles provinces ne réveille les vieux démons de tribalisme. C’est apparemment ce qui est en train d’arriver, avant même que le redécoupage n’entre en vigueur.

Dans la province du Kasaï oriental par exemple, le territoire de Ngandajika peuplé des populations de langue Luba refuse d’appartenir à la future province de Lomami. Motif : cette future province de Lomami sera constituée en majorité des populations d’autres tribus et d’autres langues que les leurs.

Déjà les ressortissants de Ngandajika font signer une pétition à déposer à l’Assemblée nationale, pétition portant leur refus de faire partie de la province de Lomami. On parle d’un million de signatures déjà recueillies.

Toujours dans la province du Kasaï oriental, deux villes : Lusambo et Lodja se disputent le statut de chef-lieu de la future province du Sankuru. Jusque-là, c’est Lusambo qui en était le chef-lieu. Mais récemment les élus locaux de Lodja veulent que désormais ce soit Lodja. Les rivalités ethniques dans cette partie de la RDC sont telles qu’il y a lieu de craindre le pire, surtout à l’approche des élections.

Le Sankuru est une entité territoriale où les populations tetela sont en conflit latent et où les guerres à la machette et les incendies criminels d’habitations sont récurrents. Généralement, ces conflits tribaux sont ravivés par des politiciens vivant à Kinshasa et qui tirent les ficelles.

La situation est pareille dans plusieurs autres provinces à redécouper. Un député a même appelé sa tribu à ne pas payer de taxes et impôts avant que les nouvelles provinces n’entrent en vigueur.

Au gouvernement d’ouvrir l’oeil et le bon pour ne pas replonger le pays dans de violences ethniques et les conflits de terre.

ph radiookapiph radiookapi

ph radiookapi

Cette question est tout aussi difficile qu’ambarrassante, même pour moi-même, car ce n’est pas facile d’être célèbre. Il faut du talent et des efforts.

Mais attention: je ne parle pas d’être célèbre comme Mandela, Pelé, Martin Luther King, Patrice Lumumba et autres. Eux ils ont été et célèbres et populaires.

Je parle plutôt d’être célèbre comme la Rdc. Agir comme la Rdc, imiter sa politique, ses problèmes et se faire célèbre, surtout sur les médias. Qui a jamais entendu un journal d’infos africaines à la radio ou à la télé sans que la une soit la Rdc ? C’est cela la célébrité dont je parle.

Et donc mon pays est très célèbre sur les médias: célèbre pour ses guerres interminables, ses emprisonnements d’opposants, ses viols de femmes, ses élections toujours contestées, ses groupes armés, sa gestapo, ses arrestations des militants pro démocratie y en a marre et ballet citoyen

Partout au monde on connaît l’actualité de la Rdc par coeur. C’est le pays de la mauvaise actualité: viols, massacres, chômage, délestages, pénurie d’eau…Tant pis si vos pays à vous n’intéressent pas les médias. Tout est tellement calme chez – vous que les journalistes ne trouvent plus rien à dire. Mais c’est pas le cas chez – moi à Kinshasa ou dans le Nord Kivu. D’ailleurs en Afrique, la Rdc ne se dispute une telle célébrité qu’avec la Syrie, les selekas, les anti balaka, Boko Haram

Un adage ne dit-il pas qu’il vaut mieux être premier au village que dernier en ville. Bonne élève, la Rdc a fait sien cet adage-là. Au lieu d’être dernière dans le bien, elle préfèrerait être première dans le mal ! C’est sa façon de se rendre célèbre.

Alors es-tu aussi célèbre ?