Le vélo: un véritable cargo à 2 roues dans mon village

23 janvier 2015

Le vélo: un véritable cargo à 2 roues dans mon village

  Le vélo en Afrique Photo: Gerald Henzinger

Si en Occident le vélo ne sert qu’au sport et au loisir, chez-nous le vélo est une véritable richesse qui nourrit toute une province.

Dans mon village, le vélo est un bien commercial. Mieux, une entreprise, un investissement rentable . Utilisé seul ou mis en location, le vélo produit toujours de l’argent. Une famille qui dispose d’un vélo est vraiment respectée et son standing de vie est différent.

Tel un bœuf qui tire la charrue, le vélo sert à porter de très lourdes charges que l’on ne peut porter sur la tête. Le vélo est donc le véhicule des pauvres.

Les femmes le montent, les enfants le montent, les vieux le montent. C’est le cheval de chez-nous. Il ne pollue pas l’environnement et ne fait pas d’accident, comme les motos et les véhicules.

Les jeunes filles pédalent doucement et majestueusement pour aller au marché du village et y amener des bidons d’huile de palme, attachés au porte-bagage. Mais les hommes se déplacent en caravane, sur des distances allant jusqu’à 600 km, à pied en poussant des vélos surchargés de marchandises, faisant 2 à 3 semaines de voyage sur la route. Souvent ils sont à la merci des coupeurs des routes.

Et je vous dis qu’il vous faut avoir des biceps pour pousser le vélo de chez nous, car il transporte des tonnes de marchandises ligotées.

La plupart de nos villages sont en brousse ou en forêt. En lieu et place des routes, ils n’ont que des sentiers. Les véhicules n’y accèdent pas. C’est donc le vélo qui relie les villages les uns aux autres, et les villages aux villes.

Quand je dis vélo, ce n’est pas ce que vous avez en Occident – de belles bicyclettes tout juste sorties de l’usine. Chez nous, le vélo le plus jeune a 30 ans d’âge. C’est un tas de ferrailles rouillées dont toutes les parties ont été modifiées pour être adaptées à la surcharge et aux conditions de la route. Le guidon est modifié, le porte-bagage modifié, la selle modifiée.

Si le vélo de chez nous vous blesse avec sa rouille, même un bobo, vous aurez un tétanos inguérissable!

A Mbujimayi, les statistiques indiquent que près de 4 mille vélos approvisionnent chaque jour la ville en produits de première nécessité tels que le maïs, le manioc, les légumes, le bois de chauffe, etc.

Un seul vélo peut transporter 5 à 6 sacs de ces denrées. Par jour, 4 700 sacs de charbon de bois entrent à Mbujimayi grâce aux vélos. En retour, le vélo ramène au village les produits manufacturés : allumettes, bougies, cuillères, sucres, sel… Donc, sans le vélo, nos villages seraient encore plus malheureux.

Le vélo est tellement important chez nous que, dans notre culture, il figure en bonne place dans la facture de la dot à verser pour la plupart des mariages.

Quand vous voulez prendre une fille en mariage au village, son père vous demandera comme dot: de l’argent, 2 pagnes pour la mère de la fille, 2 chèvres, un costume et surtout un vélo pour le père. C’est à cette condition que le mari sera respecté dans sa belle famille. Dans mon village, une fille ne vous aimera pas si vous n’avez pas un vélo.

Ainsi ensemble avec Vélophonie et Mondoblog je dis: francophones, tous à vélo !

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