Les funérailles du vélo de grand père

Article : Les funérailles du vélo de grand père
5 mars 2015

Les funérailles du vélo de grand père

  VELO VELO

Vous ai-je déjà conté l’histoire du vélo du grand-père ? Eh bien, la voici. D’abord, l’habitation du grand père est riveraine de la route qui mène vers l’unique marché du village de Kakoulou. Un marché où les clients ne viennent que le mercredi.

Ils viennent presque tous à vélo, pour acheter ou pour vendre. Et il faut voir leurs vélos garés autour ou à l’intérieur du marché ! Ça ressemble à un musée de vélos, un musée rustique vivant, ou mieux: un salon aéronautique de transport à deux roues. On y trouve des vélos de toutes sortes et de tout âge.

Dans la concession du grand-père, il y avait deux cases: une où il dormait, et une autre où il y avait la volaille, notamment neuf poules et quelques canards. C’est également là-dedans que grand père mettait son vélo. Il aime beaucoup son vélo, il l’aime comme on aime un fils unique.

Grâce à ce vélo, grand-père allait au marché. Si ce n’est pas un jour de marché, il parcourait les villages environnants en prêchant l’évangile, avec sa Bible, en tant prédicateur itinérant.

Mais ce soir-là, un jeune homme étranger est arrivé dans le village. Il disait être de la même église que grand-père. Le jeune homme lui a demandé l’hospitalité pour passer la nuit et continuer son chemin le lendemain matin.

Il semblait être très religieux. Quand il ouvrait la bouche, il ne parlait que de Dieu, du ciel et de l’amour du prochain. Grand-père n’a pas hésité à l’accueillir et à le loger cette nuit-là. Ils ont même prié ensemble avant d’aller au lit. Séparément, bien sûr.

Grand-père est allé dormir dans la grande case, et le visiteur dans l’autre, où il y avait la volaille et le vélo.

Normalement, grand-père aurait dû se méfier, car le jeune homme était un escroc. La même nuit, le jeune homme s’est enfui vers 5 heures du matin avec le vélo du grand-père et trois poules. Destination inconnue.

Grand-père trouva simplement la porte ouverte et le vélo absent. Il vit les traces des pneus entre la sortie et la route du marché.

Malgré toutes les recherches et l’aide des gens du quartier, on n’a jamais retrouvé ni jeune homme ni le vélo. Et je vous dis, ce jour-là, le deuil du vélo a été très grand à la maison. C’était de véritables funérailles.

Grand-père pleurait amèrement le vélo, en se tapant la poitrine  et en disant: « on m’a tué, on m’a assassiné, on m’a poignardé ! On a volé mon cheval… » Parfois il disait même que son vélo qui avait été assassiné. Et les gens du village venaient comme on vient à un deuil. Ils compatissaient et maudissaient le voleur.

Trois poules avaient aussi été volées, mais on ne pleurait pas les poules, on pleurait le vélo.

Alors, francophones, tous à vélo. Chez-nous les vélos sont deuillables.

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