Se disputer même une tombe : ça existe chez nous

Article : Se disputer même une tombe : ça existe chez nous
20 mai 2015

Se disputer même une tombe : ça existe chez nous

Vous savez chez-nous au Congo, se disputer et tout contester, fait partie de l’identité nationale. Voilà que nous nous disputons même les tombes!

La scène que je vais vous conter s’est passée après 3 jours de deuil, lorsque la dépouille mortelle d’un médecin du nom de docteur Mutombo devait être inhumée un après-midi. De son vivant, ce docteur était enseignant dans plusieurs facultés de médecine des universités locales. Cette histoire n’est pas une fiction, c’est une histoire réelle qui a eu lieu récemment dans la petite ville de Mbujimayi au centre de la RDC.

Au cimetière, les fossoyeurs avaient déjà creusé la tombe du docteur. Si vous ne le savez pas peut-être: une tombe chez nous c’est simplement ouvrir légèrement la terre, vous mettre dedans et la refermer. C’était ce genre de tombe là. Pas étonnant que de la RDC proviennent souvent des nouvelles comme celle de la fosse commune de Maluku.

Loin de moi d’exagérer : les mieux nantis arrivent quand même à se procurer une belle tombe bien creusée, profonde et bien construite. Seulement voilà, la tombe du médecin n’était pas comme ça, ce qui témoigne du mauvais traitement réservé aux enseignants d’universités en RDC.

Le moment venu, le cortège funèbre du docteur Mutombo arrive au cimetière. Les étudiants de toutes les universités sont là en train de le pleurer et de sangloter. Mais dès qu’ils ont vu la tombe, ils se sont révoltés. Selon eux, inhumer ce professeur d’université dans une telle tombe si malheureuse, c’est l’humilier à titre posthume. Les filles surtout étaient très remontées; elles se sont mises à vociférer contre les autorités et contre les membres de la famille biologique du docteur.

Au bout d’un moment, les étudiants aperçoivent une autre tombe, mais celle-là bien construite et qui attendait de recevoir le soir même la dépouille d’un directeur d’ entreprise.  »Voici la tombe qui convient à notre prof, » s’écrient les étudiants. Comme une blague, ils s’emparent de cette tombe d’autrui et y mettent le corps du médecin. Au même moment, les propriétaires de la tombe arrivent avec leur mort à enterrer. Où est notre tombe ? demande l’un d’eux. Les étudiants leur indiquent la tombe qu’eux même avaient abandonnée, et leur disent :  » Euh! Plantez votre mort là-bas, ici nous avons déjà mis le professeur. »

– Pas question, répliquent les propriétaires de la tombe, exhumez votre mort, nous mettons le nôtre à sa place.

Comme personne ne voulait entendre l’autre, la bagarre s’engagea en plein cimetière. Utilisés comme des projectiles, les crucifix en bois volaient dans tous les sens. Mais l’autre camp n’a pas pu résister, car les étudiants étaient plus nombreux.

Bref, jusqu’à ce jour, le corps du médecin repose dans une tombe qui ne lui était pas destinée. L’autre mort fut enterré dans la tombe laissée par les étudiants.

Cela me rappelle une histoire de la Bible dans le livre de Jude verset 9 qui dit :  » Satan et l’archange Michaël se disputaient le corps de Moïse ». Mais dans notre histoire ici, on se dipute une tombe. Alors qui est Satan et qui est l’Archange Michaël ?

 

 

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Commentaires

Didier Makal
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Hey! dommage que votre nom ne paraisse pas. Voulu ainsi? L'histoire est drôle et bien narrée. Bravo. Oh, le pauvre prof qui chipe une tombe sans le vouloir! Au moins, il a été honoré à titre posthume. début d'une nouvelle ère! hahahaha! Mais voyons, votre attaque: "se disputer et tout contester, fait partie de l’identité nationale"... c'est peut-être à revoir! "Identité"? en fait, ça se discute. Mais je conviens que chez nous on exagère avec des disputes!

Benjamin Yobouet
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Wahou incroyable mais vrai selon ton billet. Ah ça... Ça fait à la fois rire mais surtout ça fait réfléchir !

Est-ce que c'est la beauté ou le confort d'une tombe qui détermine l'après mort?

Mais en chez nous en Afrique ne posez surtout pas cette question sinon on risque de vous enterrer vivant...Riire. C'est la triste réalité.

Nous on a peu vécu ça le jour de l’enterrement de mon père. Mais on s'est qu'après on renouvellera sa tombe. Le plus important, c'est de prier pour son âme.

Cordialement !

Guy Muyembe
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Triste réalité. Quand quelqu'un a déjà entendu parler de l'affaire de la fosse de maluku il ne peut douter que ce genre d'affaire survienne au congo.