La Constitution, ce livre le plus maltraité en Afrique

Article : La Constitution, ce livre le plus maltraité en Afrique
2 septembre 2015

La Constitution, ce livre le plus maltraité en Afrique

Bonjour mes lecteurs africains. Comment va la Constitution dans votre pays ? Avez-vous croisé les bras ou bien vous faites quelque chose pour la protéger ? Ne laissons pas ce combat aux seuls mouvements citoyens Lucha et Filimbi, Y en a marre et Balai citoyen. Africains réveillez-vous.

On le dira jamais assez : le cimetière des Constitutions c’est l’Afrique. Je sais que vous ne pouvez pas me contredire.

Quand vous entendez pleurer les Burundais, les Congolais, les Burkinabè, les Togolais… Pensez-vous qu’ils pleurent seulement leurs morts et leurs crises économiques ? Non : ils pleurent aussi les Constitutions assassinées dans leurs pays. Si bien que parfois le deuil de la Constitution est bien plus grand que celui des migrants en Méditerranée.

Partout on pleure les articles qui étaient dans la Constitution et qui ne sont plus, parce qu’on les a tout simplement rayés du texte. Ils dérangeaient quelqu’un au sommet de l’État.

Un instant. Je vais vous rappeler une chose que vous avez oubliée: les choses écrites comme les Constitutions, les livres, les cahiers, et autres, laissez ça aux Blancs. Chez nous en Afrique, c’est la tradition orale. Chez-nous, les écrits s’envolent, mais les paroles du grand-père restent. (rire)

Nous n’avons donc pas besoin qu’on nous écrive dans un livre ce que nous devons faire au pouvoir. Nous avons une mémoire telle que nous retenons tout dans la tête, et de génération en génération. Foutaise !

Je dis et je vous le répète: le livre sacré le plus profané aujourd’hui n’est pas la Bible, ce n’est pas non plus le Coran. C’est la Constitution. Ce sera toujours la Constitution.

LA CONSTITUTION 1

Les textes de la Bible et du Coran, tout comme les autres textes sacrés, datent des millénaires, pourtant leurs versets, chapitres et sourates restent toujours les mêmes et inchangés.
Par contre pour la Constitution, les textes ne bénéficient pas du même respect et de la même intangibilité par le régime en place. Il y a toujours une dispute de frontières communes entre les mauvais chefs d’Etat et la loi fondamentale de leurs pays.  Et dans ce genre de conflit, c’est toujours la Constitution qui perd, surtout qu’elle n’est pas armée pour se défendre.

Tout le temps, la Constitution est en salle d’op des dirigeants; elle subit des perquisitions, des tortures, des extorsions,  ainsi qu’une fouille systématique à chaque check-point électoral. A mon avis, les crimes contre la Constitution devraient être érigés en infractions internationales au même titre que les crimes contre l’humanité, crimes de guerre et de génocide.

Surtout ces dernières années, les Constitutions de nos pays ne savent plus à quel saint se vouer. Elles sont la bête noire des chefs d’Etat en fonction, spécialement les articles qui limitent le nombre de mandats présidentiels. Ces articles-là sont vraiment en insécurité. A mon avis, ils ont besoin d’une protection spéciale, peut-être celle de l’ONU.

Les chefs d’Etat barbares, il y en a en Afrique, comme Nkurunziza : celui-ci a battu son pays le Burundi par 3 mandats à 0. Et depuis la révolution burkinabè Nkurunziza est le tenant du titre.

Si vous avez un stylo et un bout de papier pour prendre note, voici la liste des bourreaux de nos Constitutions :

– Les chefs d’État;

– La Garde républicaine;

– Les Cours suprêmes ou constitutionnelles;

– Les Parlements;

– La communauté internationale, le Fonds monétaire international et la Banque mondiale…

Cette liste n’est pas exhaustive.

Autant on reconnaît un mauvais comptable à sa manière de manipuler les chiffres devant faire foi de sa gestion, autant on reconnaîtra un bon ou un mauvais chef d’État par son attitude vis-à-vis de la Constitution de son pays.

En Afrique, le nombre de fois où les Constitutions ont été changées ou modifiées ne peut plus être compté. Il faut peut-être utiliser une calculette. Et sauf imprévu, les textes de la Constitution s’apprêtent encore à être sabotés et tripatouillés en 2015 et 2016 dans des pays peu démocratiques comme la RDC, le Rwanda, le Congo-Brazzaville, le Tchad, etc. Je ne suis pas prophète. Déjà le Burundi a donné l’exemple d’un 3e mandat.

La Constitution est devenue le livre le plus célèbre. Surtout en période électorale. Tout le monde chante et glorifie la Constitution. Pas un journal d’information à la radio ou à la télé où l’on n’évoque pas le sujet. Elle est célèbre, mais piteusement célèbre en Afrique, en raison de son mutisme et de sa nature de se donner en sacrifice…

Elle ne parle jamais. Comme un agneau, la Constitution se laisse tondre; elle est trahie, arnaquée, spoliée par ceux-là mêmes à qui elle a conféré de hautes fonctions.

Je ne veux plus regarder aucune cérémonie d’investiture d’un chef d’Etat africain, car, souvent la main sur la Constitution, ils mentent tous en disant:  » Moi untel, élu président de la République, je jure de respecter la Constitution et les lois de la République… » C’est juste une récitation.

Quelqu’un se demandait si la Constitution est une femme pour se faire violer si fréquemment !

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Commentaires

Benjamin Yobouet
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Vraiment, les constitutions en Afrique ont maille à partir avec nos pouvoirs publics. Et c'est dommage !
Beau billet !

Gilbert LOWOSSOU
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De la vérité à l'état brut!
Bien écrit!

Didier Makal
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Hé, Jean-Hubert, c'est une percée. J'aime le style. Percutant! Ne t'en fais pas mon cher. La constitution n'est qu'un minable texte. Que peut-elle face à celui qui l'a fabriquée? Quoi donc? Et vous qui vous énervez: vous étiez où quand nous avons écrit nos constitutions à notre image? ... rire! Mon cher, ce sont des testaments. et un testament, ça se modifie comme on veut.
J'allais oublier: tu dis Tradition Orale? Tu as osé dire qu'on respecte la parole en Afrique? Dis-moi qui alors! La parole, même le texte ne sont que des passagers, des fictifs! ... on ne respecte que le chef, c'est tout. Le présent!