28 octobre 2015

Démocratie, tais-toi !

Photo Charles Mushizi

Tu la fermes !

Avez-vous fait ce constat comme moi depuis quelque temps : c’est qu’en Afrique, un chef d’État en fin mandat devient très mordant. Il tue facilement. Il remplit les prisons. Il bâillonne la démocratie.

Par contre au début de leur mandat, les chefs d’État africains sont plutôt très gentils avec la population. Ils tolèrent les critiques, les médias, l’opposition, les droits de l’homme. La police et les services de sécurité sont moins visibles dans la rue et aux meetings de l’opposition. Bref, le pays est fréquentable, bonjour la démocratie !

Mais une fois que le 2e mandat est à une année de se terminer comme en RDC, au Congo-Brazzaville, au Rwanda, etc., subitement les chefs d’État ne badinent plus. Ils sortent les chars et les canons à eau. Les arrestations d’opposants se multiplient; ils inventent des référendums. On ne tolère plus de son de cloche contraire sur les médias. Les seules marches pacifiques autorisées sont celles du parti au pouvoir. Tais-toi la démocratie !

Ils veulent modifier la Constitution, mais la rue refuse. C’est la même rue qui les avait applaudis au début du mandat. Ils s’imposent et réalisent 92 % de oui à un référendum alors que presque personne n’est allé voter. C’est ça l’Afrique !

Comment expliquer qu’au début du 2e mandat c’était calme à Kinshasa, à Brazzaville, à Kigali et à Bujumbura ? Pourquoi les tensions surviennent toujours à la fin du mandat ? C’est parce qu’en démocratie le fauteuil présidentiel est fait pour l’alternance.

Que vous ayez bien ou mal travaillé, vous devez laisser la place à quelqu’un d’autre. C’est ce que les présidents ne veulent pas comprendre. Raison pour laquelle beaucoup finissent mal, comme Compaoré, comme Gbagbo… Eux, ils confondaient le pouvoir politique avec le pouvoir coutumier qui est à vie.

Parlons un peu de la rue. Si nos pays étaient aussi démocratiques comme la rue, l’Afrique serait calme aujourd’hui. Puissent nos hommes politiques tirer une leçon de la rue.

La rue est toujours transparente, démocratique et crédible. Elle reçoit tout le monde: piétons, motos, vélos, voitures, camions… Elle ne rejette personne. Au Congo-Brazzaville, la rue a dit non au référendum, mais c’est la Céni qui l’a emporté. En RDC, les rues de Goma exigent le calendrier électoral, mais à Kinshasa ce n’est pas encore la priorité. De toutes les façons, peu importe vos résultats du référendum, la rue avait déjà voté.

La démocratie de la rue est formidable : quand l’opposition se fâche, elle va dans la rue, quand le pouvoir se fâche aussi il va dans la rue, à la seule différence que le pouvoir y va avec des chars.

Tais-toi démocratie.

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Commentaires

Benjamin Yobouet
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Billet excellent; le titre aussi. I like it merci pour cette énième interpellation à nos très chers dirigeants africains !

Guy Muyembe
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Ah! La rue! Bref le pouvoir siège dans la rue et non au palais présidentiel