RDC: pitié pour le trésor public

Article : RDC: pitié pour le trésor public
8 janvier 2016

RDC: pitié pour le trésor public

En dehors des guerres et répression politique, l’autre spécialité de la RDC c’est le détournement des deniers publics. C’est tout un sport chez-nous. La fonction publique congolaise héberge des réseaux mafieux de fraudes organisées à tous les niveaux.

Un jour, au cours d’une émission de débat politique consacrée au détournement des deniers publics  en RDC, sur la radio Okapi, un éminent économiste congolais Michel Nsomwe défiait tout le Gouvernement congolais disant :  » Quel ministre peut oser lever son doigt en l’air et dire  » je n’ai jamais détourné l’argent de l’État ?  » Fin de citation.

Jusqu’à présent, personne parmi les ministres n’a relevé ce défi.

Chez-nous, la corruption, la concussion, la fraude et les malversations sont entrées dans les mœurs. Si on prend l’exemple sur mille, peut-être 999 en sont coupables. Le trésor public congolais est saigné à blanc.

Représentez-vous dans l’administration publique, un chef de division dont tout le salaire mensuel c’est plus ou moins 80 mille francs congolais (équivalent de 85 dollars US). Mais ce chef de division roule dans une jeep de 12 mille dollars et habite une maison privée de 25 mille dollars.

Un jour, parlant des détournement des deniers publics, Dominique Sakombi Inongo ancien ministre de communication de Mobutu, déclare :  » Quand le Président Mobutu avait besoin de l’argent, il appelait le ministre des finances disant: apporte-moi 1 million; à son tour le ministre des finances appelle le Gouverneur de la Banque centrale et lui dit:  » le Président a besoin de 2 millions  », le Gouverneur de la Banque à son tour sort 3 millions. Donc le Président demande un million, ce sont 3 millions qui sortent du trésor public !  » Fin de citation.

Cette culture de biens et argent mal acquis s’est transmise de génération en génération au Congo. Si bien qu’aujourd’hui, quand quelqu’un est nommé ou élu à un poste, il se réjouit disant :  » c’est mon tour  ». Par là il sous entend que c’est son tour de voler.

Plus grave, chez-nous, plus tu voles l’argent de l’État, plus tu augmentes en grade ! Cela a eu lieu plusieurs fois chez-nous. A titre d’exemple, à Mbujimayi dans la province du Kasaï-Oriental, un Comptable public réputé pour ses détournements confirmés des salaires des enseignants et des professionnels de la santé,  alors que ses victimes ainsi que le parlement local attendaient qu’il soit traduit en justice, quelle n’était pas la surprise de constater que la hiérarchie du Comptable l’a nommé à des fonctions encore plus élevées.

Dans la 2e moitié de l’année 2015, un contrôle initié par le ministère du budget sur la gestion des finances publiques dans seulement 3 services de l’État a révélé les détournements de 11 millions de dollars tous les 3 mois dans la seule ville de Kinshasa. Imaginez quelle pourrait- être la proportion si le calcul est porté sur les 26 provinces que compte le pays !

Un agent du ministère du budget qui a recquis l’anonymat, déclare que  » le détournement se passe à tous les niveaux de l’appareil de l’État en RDC, de Kinshasa jusqu’en province  ».

Le député national Émery Okundji affirme avoir dénoncé plusieurs fois les détournements des deniers publics dans sa circonscription électorale de Lubefu en province du Sankuru. Selon lui, sur 6 millions de francs déboursés chaque mois pour payer les salaires des enseignants de Lubefu, 2 millions seulement arrivaient à destination. Les 4 millions manquants disparaissent dans ce que l’on appelle chez-nous  » l’opération retour  », autrement dit la dîme que l’on paie à toute la hiérarchie par laquelle l’argent vous est venu.

À Mbujimayi, il était curieux de voir que les responsables syndicaux et les cadres de la Division provinciale de la Santé s’opposaient énergiquement à la bancarisation de la paie des salaires et des primes de leurs agents. C’est parce qu’ils savent que la Banque va casser le phénomène »opération retour » et démasquer les agents fictifs qui remplissent les listings de paie.

Dans la fonction publique même les morts sont payés. Un seul chef fait entrer sur la liste de paie tout le monde de sa famille: oncle, cousin, tante, grand-père, beau-frère même déjà mort, sans compter les amis et connaissances. Par exemple, si l’État paie régulièrement mille personnes, en réalité c’est seulement 200 qui travaillent réellement. Les 800 restants sont des agents fantômes.

Chaque mois, tous ces gens touchent des primes et des salaires parfois plus elevés que ceux des gens qui travaillent. Ils font cela depuis des décennies; la corruption et l’opération-retour aidant, ils réussissent à échapper à tout audit d’où qu’il vienne. C’est Kinshasa qui entretient cet état de choses, en même temps c’est encore Kinshasa qui fait l’audit. Ceci signifiant cela. Conséquence: l’hémorragie financière est totale dans le pays, le trésor public est exsangue. Pas étonnant que la RDC soit incapable de financer elle-même ses propres élections. Elle recourt toujours aux financements extérieurs.

Alors pitié pour le trésor public congolais.

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